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dimanche 2 février 2014

La Petite histoire de Belleterre, Témiscamingue, Québec

LA PETITE HISTOIRE DE BELLETERRE, TÉMISCAMINGUE, QUÉBEC

Par Ghislain Loiselle (texte en construction permanente, amorcé en décembre 2009)

C'est ici le point de départ de mon petit travail de rappel de faits historiques mettant en vedette Belleterre, Témiscamingue, Québec, ma ville natale. J'ai volontairement plané au-dessus des informations. Je suis allé à l'essentiel. Il me manque beaucoup de renseignements. Rien ne m'empêche d'enrichir en permanence. Vous aussi en m'écrivant. Merci de vos commentaires. Je remonte le fil du temps à partir des tout débuts de Belleterre, pour qu'on ait une idée de comment ça s'est passé.


Un des documents que j'ai consultés, où il y a très peu d'information sur Belleterre, dit néanmoins que c'est très exactement en 1930 que William Logan a découvert son gisement. Fait à noter, un élargissement de la rivière Marécageuse reliant le Horse Shoe Lake (lac Fer-à-cheval) au lac des Fourches, à l'ouest de Belleterre, porte le nom de Logan. Mais c'est écrit Lokan, ce qui est une erreur sur la carte 1:50 000 du ministère fédéral des Ressources naturelles.

    Début de la décennie 1930, des travaux d'exploration minière ont cours dans le canton Guillet. Et le prospecteur W. Logan y découvre un gisement d'or et d'argent assez riche pour que des investisseurs canadiens alléchés par l'appât du gain décident d'y mettre plusieurs de leurs précieuses ''billes''. Le gîte se trouve dans le quart nord-est du canton. On parle en fait de beaucoup de billets verts. Après tout, on a affaire ici à des métaux précieux qui peuvent rapporter gros à des actionnaires. Au Québec, les yeux sont tournés vers l'Ouest québécois qui continue son développement. Cette fois au niveau minier au Témiscamingue, ce qui est particulier, les mines étant surtout exploitées en Abitibi, la région naturelle voisine située plus au nord.
    Comme la mine d'or de Belleterre a été découverte en 1930 ainsi qu'il est rapporté dans plusieurs documents, peut-on présumer que de l'exploration minière a commencé avant la saison verte 1930 en ces lieux? Je le crois. Ce serait à la fin de la décennie 1920, à peine 10 ans après la Première Guerre mondiale. Des rapports des ministères des Ressources naturelles pourraient l'indiquer.
    J'insiste parce que j'aime à m'imaginer prospecteur ou explorateur dans les années 1920, en 1929, naviguant en canot, débouchant au lac aux Sables et voyant la plage publique, les plages des environs du quai d'avions, de Place du Lac, de la Pointe à Robinson et de la fin des rives sablonneuses, vers la rivière aux Sables, alors qu'il n'y a encore rien à Belleterre. J'arrive disons du lac Kipawa et j'ai emprunté le lac Ostaboningue et la rivière Cerise, puis les lacs Lavoie, Grenier, Kirouak, Patry (V Lake), un passage qui existe depuis plusieurs milliers d'années, pour accéder au lac aux Sables. Il y a plein de grands pins à cette époque, à Belleterre. Ils n'ont pas encore été coupés pour les besoins du développement. Au delà de cette vision, de ce rêve basé sur le réel, Belleterre prend forme peu à peu. La ville en fondation en est à l'état embryonnaire. Mais c'est ainsi que se fonde d'abord une communauté. Exactement comme un être humain qui doit d'abord connaître ses premiers jours. Si on voulait parler de la fondation de Belleterre (et non seulement se fixer sur une municipalisation), on pourrait affirmer que ce lieu aura en 2017, à son 75e anniversaire de municipalisation, presque 85 ans, à cause justement des premières occupations humaines en ses ''murs''. Le temps a passé et, en 1937-38, des travailleurs défrichent les terrains où sont localisés les puits no 2 et no 3 de la mine aurifère Belleterre Québec que va exploiter la McIntyre Porcupine Mines Limited appelée couramment la McIntyre. La compagnie a déjà des installations en place dans cette petite région où la ville de Belleterre n'existe pas encore.En 1935, la mine est en opération. On retrouve un petit village autour, appelé à juste titre le village de la mine.
    En 1938, un petit village est aussi constitué au lac Guillet dit Mud Lake, à un peu plus de un kilomètre de la mine. Une vingtaine de familles y sont établies. C'est la plus connue des micro-agglomérations de ce coin de pays. Il y a aussi Gains More et bien sûr le village de la ville planifiée de Belleterre appelée au début Sand Lake, à cause du site. Lieux dont nous parlerons plus loin. Des foreuses au diamant sont actives en ces lieux où le village planifié de quatre avenues et quatre rues avec extension urbaine vers la mine, au nord-est, appartient encore au futur.
    Jusqu'en 1937, il n'y avait pas de chemin pour gagner ce nouveau centre minier. On y accédait par voie d'eau (lac des Quinze, lac Simard, etc.) et bien sûr par la voie des airs. En 1938 donc, une route est aménagée depuis un certain temps pour relier ''Belleterre'' à sa région, le Témiscamingue. Elle part de Laverlochère (St-Isidore). C'est jusque là que se rend le chemin de fer. Il y avait une gare à Laverlochère, à l'entrée de la bretelle de gravier reliant l'actuelle route asphaltée 391 et Angliers. Il y a alors une gare à Fabre, d'où, à l'époque, du précieux matériel et des denrées alimentaires et autres destinés à Belleterre pouvait débarquer et transporté par route. Pour le bois, on n'aura pas besoin de l'acheminer vers Belleterre par train ou autrement. La forêt les fournira directement. 500 000 pieds, longueur de planche, de bois doivent être coupés pour la McIntyre... qui doit bâtir, à grande échelle. Beaucoup de grands pins commencent à tomber.
    En avril 1938, le gouvernement du Québec autorise la McIntyre à aménager la chute d'eau se trouvant juste avant le déversoir de la rivière Winneway dans le lac Simard, au nord de ''Belleterre''. La mine aura besoin d'électricité pour pouvoir être opérée. Pendant ce temps, le Syndicat national de l'électricité réalise son plan d'aménagement des forces hydrauliques. Une centrale hydroélectrique est en vue. Mais ça ne se fait pas en criant ciseaux. Il faudra attendre quelques années encore.
    Été 1938, des résidants du ''Mud Lake'' poursuivent leurs travaux d'aménagement d'un chemin pour relier leur hameau et la mine. La petite artère est déjà utilisée, évitant aux gens de transporter leurs effets sur leur dos, mais elle est boueuse. C'est un chemin de terre, de glaise si on se fie au nom du lac. Des activités de financements sont organisées.
    À l'été 1938, une unité sanitaire est déjà en place à ''Belleterre''. C'est un service de santé. Plein de bâtisses sont en construction dans ce coin de pays, des maisons, des édifices, un hôpital. On aménage une ligne électrique depuis l'aval de la rivière Winneway. On dégage un corridor. Et on recharge avec du gravier le chemin du Mud Lake, avec de modestes moyens.
    À l'été 1939, des gens sont aussi installés à Gains More, à proximité du puits Aubelle. Une boulangerie s'y installe. Un garage est en construction. Tout se développe autour des puits. ''Belleterre'', ville planifiée, avec plan d'urbanisme, services d'aqueduc et d'égouts, luminaires, rues et trottoirs, école, église, n'est pas encore créée.
    On est au printemps 1940 et ça va rondement à la mine. Elle est en exploitation et toute une vie sociale est en action. La région belleterrienne compte quelque 500 habitants. Et le coeur de Belleterre n'existe pas encore, je veux dire les ''quatre avenues et quatre rues''. Il y a même des équipes de hockey, à Belleterre: le club de la Surface, celui des Mineurs, l'équipe du Staff et celle du Moulin. Les joueurs sortent de ''Belleterre'' pour disputer des parties.  Et des clubs de l'extérieur, par exemple de Ville-Marie, viennent se faire battre à Belleterre. Ah ah! Le baseball est aussi pratiqué l'été.
    La seule mine du ''Témis'' dispose d'une salle publique utilisée pour la messe. Mais il est de plus en plus question de la construction d'une chapelle-école temporaire. À l'automne 1940, la ''ville de compagnie'' est finalement en pleine construction, sur la belle terre jaune, en haut de la plage du lac aux Sables. Une église et une école sont projetées. Les activités religieuses, spirituelles, y sont toutefois une réalité depuis longtemps déjà.
    Été 1941, des travaux importants continuent à être réalisés à Belleterre. Les installations sont sans cesse peaufinées. La production de minerai aurifère bat son plein. À l'automne, l'annonce est faite qu'une route sera construite entre le Mud Lake et le nouveau village d'abord appelé, rappelons-le, Sand Lake, un nom anglais parce que les dirigeants et officiers de la McIntyre sont des anglophones. Il en est ainsi comme partout ailleurs au Québec. La mine se trouve entre les deux agglomérations.
    On compte au delà de 700 personnes à Belleterre dans la première demie de 1941 et le peuplement se poursuit. La population souhaite avoir son église, sinon une chapelle, en plus d'une école.
    À l'automne 1941, des activités sont organisées pour financer la construction d'une école à Belleterre. Le département de l'Instruction publique a promis 1500 $ à cet effet. Mais il faut plus. L'école sera utilisée pour le culte catholique, en attendant l'érection d'une église, à côté. Il va sans dire que les enfants vont quand même à l'école.
    En janvier 1942, le contrat a été accordé pour brancher le nouveau village de Belleterre à une ligne électrique provenant de la mine et, plus en amont, de la centrale hydroélectrique de la rivière Winneway. On appelle alors Belleterre sous deux appellations: ''nouveau town site'' et ''Sand Lake'', comme on dit Mud Lake et Gains More.
    Début 1942, la Mine Belleterre et des citoyens vont demander au gouvernement du Québec d'incorporer en municipalité de ville la communauté de Belleterre. Son territoire sera constitué d'une partie du canton Guillet et d'une partie du canton Blondeau. Une loi devra donc être adoptée ou du moins un règlement. On dira dorénavant ville de Belleterre ou municipalité de ville de Belleterre, puisqu'elle demeure évidemment à la base une municipalité, réalité nord-américaine.
    Cette même année, ce sera chose faite. La nouvelle ville a obtenu sa charte en 1942. Le gouvernement a alors imposé un conseil municipal à cette ville de compagnie dont le premier maire aurait été M. Budgeon, puis Kenneth Godin, gérant de la mine. Il faudra attendre 12 ans avant qu'il n'y ait une élection en bonne et due forme.
    En août 1942, une route digne de ce nom était enfin terminée entre Latulipe et la nouvelle ville de Belleterre. Il y avait bien un chemin, une voie de terre, auparavant. Et un chemin d'hiver peut-être plus carrossable que l'été, par grands froids, mais là, on parle d'autre chose, avec cette construction.
    Les terrains sont vendus comme des petits pains chauds dans la nouvelle ville de Belleterre. On y compte une vingtaine de nouvelles constructions. Et ça continue. Il commence à y avoir tellement de monde à Belleterre qu'on doit demander aux gens de ne rien jeter dans le lac, pour ne pas contaminer cette eau potable.
    En avril 1943, après seulement un an, il y a eu plus de 70 naissances à Belleterre. Ça veut dire qu'il y en a eu d'autres avant et qu'il ne faut pas se surprendre qu'avec tous ces nouveaux nés et les ''immigrants'', quelques milliers de personnes ont vécu à Belleterre au pic de la démographie. En septembre 1943, la Mine Belleterre Québec s'est adressée au gouvernement du Québec pour lui présenter son projet de construction de sept barrages de retenu des eaux de la rivière Winneway. Ce cours d'eau deviendra du coup un réservoir hydraulique pour assurer un apport constant en eau pour le turbinage à sa future centrale hydroélectrique.
    Le projet de mise en place de sept barrages de bois exposé à Québec à l'automne 1943 aura pour effet de faire monter les eaux des lacs des Fourches (Spring), à la Truite (Trout), Bay, Soufflot (Cross), Winnewiash et Winneway. Des arbres seront aussi noyés, s'ils ne sont pas coupés, récupérés au préalable.
    La Mine Belleterre Québec a besoin de plus d'électricité pour ses opérations. C'est pourquoi elle demande au gouvernement québécois en septembre 1943 l'autorisation de construire une centrale hydroélectrique d'une capacité de 2800 CV (chevaux vapeur), ce qui inclut un barrage de béton.
    Au début de 1945, les citoyens de la ville minière de Belleterre ont révoqué par référendum la Loi provinciale de la Tempérance en vigueur au Témiscamingue, comté qui, à l'époque, s'étend jusqu'à Rouyn-Noranda. Ça veut dire qu'il peut y avoir des bars à Belleterre. Sur 67 électeurs inscrits qui se sont présentés au vote, un seul a été contre.
    Au printemps 1945, la Compagnie de Téléphone du Nord a mis en place le service de téléphonie à Belleterre. Le gérant de la Mine Belleterre Québec, B.-H. Budgeon, a logé le premier appel. Il a appelé le gérant général de la McIntyre Porcupine Mines Ltd, R.-J. Ennis. Le surintendant d'Électricité de Belleterre, J.-E. Angrignon, a ensuite appelé sa mère à Schumacher.
    Un comité ayant été formé au début du printemps 1946, le chemin Belleterre-Latulipe a pu être entretenu durant la saison chaude, ce qui a empêché des entraves à la circulation et des fermetures impensables.
    Au printemps 1946, on s'apprête à donner le contrat de construction d'un cinéma moderne à Belleterre, le Star Theater ou Cinéma Star. Plusieurs espaces pour des bureaux et des magasins sont prévus en plus de la salle qui pourra servir de théâtre, i.e. pour des spectacles, ''sur les planches'', en plus de la projection de films, comme cela se fait au Théâtre du Cuivre, à Rouyn-Noranda. Le cinéma compte 400 sièges. Il couvre une superficie de 100 pieds sur 50. Ses murs étant constitués de blocs de béton, il est à l'épreuve du feu et est toujours debout aujourd'hui, accueillant l'hôtel de ville de Belleterre et la Caisse Desjardins. C'est cette même année (1946) que l'école St-André a été construite.
    En 1947, Belleterre compte 2500 résidants. Le 15 avril 1947, la construction du Cinéma Star débute à Belleterre. Les propriétaires sont de l'extérieur de la ville, soit de Ville-Marie et Fabre. L'inauguration est projetée pour la fin juillet. Un orchestre réputé de Québec (Georges Amyot) sera alors présent avec la chanteuse Evelyne Dubois. Le tout se terminera au Club House de la mine.
    À l'été 1947, Belleterre, c'est une ville où tout plaît à la vue: église neuve, commerces neufs, maisons neuves, hôtel moderne avec 35 chambres baptisé ''Château Belleterre'' (il ne recevra toutefois ses briques rouges qu'au printemps 1948), Club de Curling et patinoire en vue de la prochaine saison, etc.Force est de constater que la mine Belleterre est profonde. Car trois mineurs ont été écrasés à mort par des blocs de roc à 13 h 30 le 8 février 1950 lors d'un éboulis survenu à 2400 pieds sous terre. Et la profondeur va aller au delà, car c'est un puits qu'étaient à creuser René Labelle, Bernard Plante et Jacques Matte, avec quatre autres mineurs.
    Au printemps 1951, le chemin reliant Belleterre et Ville-Marie en devient un numéroté. On parlera dorénavant de la route 62, à l'époque, car, depuis les années 1970, c'est la 382, comme la 46 est devenue la 101. Et qui dit route numérotée dit poursuite éventuelle de l'artère au delà du cul-de-sac actuel... un jour, peut-être. Car une route numérotée, c'est important. Une délégation de Belleterriens s'est rendue à Québec pour défendre ce dossier, à l'hiver 1950-51. On est alors au printemps 1951.
    En attendant, depuis l'Abitibi, la route 101 poursuit sa course jusqu'au Témiscamingue et traverse cette région jusqu'à Témiscaming, où elle prend fin à la ''frontière'' Québec-Ontario. La 382 (62 en 1951) y est connectée comme une branche à un tronc.
    Il faut aussi savoir que la route 62, si elle était prolongée, déboucherait sur la 58, aujourd'hui la 117 Transcanadienne, dans la réserve faunique La Vérendrye.
    L'idée de la route Belleterre-Mont-Laurier fait son petit bonhomme de chemin. Le député Nil E. Larivière a dit: ''nos routes se sont prodigieusement améliorées depuis 1936. Elles sont passées à 86 pieds de largeur contre 30'. Dans un avenir pas trop loin, vous verrez la réalisation de la ''route Belleterre-Mont-Laurier'' (en débouchant près du lieu dit Le Domaine) dont on parle depuis 1890!''
    Depuis quelques années, on n'envoie plus les écoliers à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, au Mud Lake. L'école St-André a accueilli 313 élèves en septembre 1954. Les enseignants? Paquin, Laverdière, Trudel, Bellehumeur, Proulx, Ferron, Baril X 2, Denommé, Lambert, Dubé, Beauchemin, Poirier et Bruyère.
    Les personnes résidant au Mud Lake quittent peu à peu cet écart au profit du village, au lac aux Sables. La nécessité de l'entretien du chemin menant à ce hameau et l'attrait pour une ville avec tous les services (réseaux d'aqueduc et d'égouts, luminaires de rue la nuit, trottoirs, etc.) pourrait être responsable du désintéressement des gens pour ce coin de pays, au bord du lac Guillet.
    Belleterre comptait 1011 habitants en 1951. Comme Palmarolle et Normétal, en Abitibi, Belleterre se trouvait éloignée des centres urbains comme Noranda et Rouyn, Val-d'Or-Bourlamaque, Malartic, mais elle s'est néanmoins développée et est devenue un gros village avec une bonne structure municipale. Il faut dire que Belleterre est situé très en marge de la faille Larder Lake-Cadillac sur laquelle l'Abitibi minier s'est construit. La Mine Belleterre Québec en est une essentiellement d'or, contrairement aux mines polymétalliques plus au nord, le long de la longue faille allant d'ouest en est.
    Le 2 février 1955, la ville de Belleterre connaît la première élection partielle de son histoire. Il faut dire qu'en 1946, les électeurs avaient été appelés à élire deux conseillers, mais ils avaient été désignés par acclamation. Oui, il aurait alors pu y avoir élection, m...ais il n'y a pas eu d'opposition. Henry Ayotte et Ernest Gauthier devenaient dès lors ''échevins''.
    Quelques mois plus tôt, fin 1954, le gérant de la mine, M. Godin, a dit que plusieurs travaux allaient être exécutés au printemps 1955, à la mine: notamment l'aménagement de l'entrepôt actuel dans le magasin, dans la courbe de la mine, lequel on isolait en décembre.
    En janvier 1956, le gérant de la mine, Ken Godin, a dit aux mineurs syndiqués membres des Métallos Unis d'Amérique, que ''le présent pourcentage de production et la réserve d'or ne permettait pas à la mine de continuer ses opérations pour beaucoup plus d'une année'' et qu' ''elle prend en considération le bien-être des Belleterriens dans ses décisions d'exploitation.''
    Si l'honneur de la découverte du gisement aurifère de Belleterre revient au prospecteur William Logan, celui d'avoir jalonné le terrain revient à Rodrigue Nadeau qui est décédé le 23 novembre 1956 à 62 ans à Rouyn-Noranda, à la suite d'une longue maladie.
    En décembre 1956, on apprend qu'une mine de cuivre et de nickel pourrait voir le jour entre Belleterre et Latulipe. Des résultats de forage sont prometteurs. On sait aujourd'hui, en cette fin de 2009, qu'il aura fallu presque 10 ans pour que cette mine, la Lorraine, ouvre effectivement ses portes, exploitée par, toujours, la McIntyre.
    Cela arriverait à point en cette fin des années 1950, car ill reste encore beaucoup à faire pour que Belleterre soit plus que jamais une ville digne de ce nom. Et les axes de communication y jouent un rôle important. Ainsi, la route Belleterre-Laforce n'était toujours pas gravelée un an plus tôt, en mars 1955. Et on revendiquait toujours la route 61, débouchant à O'Connell Lodge, près du ''Domaine''.
    Le 20 mai 1957, la population de Belleterre connaît des heures d'engoisse. Un incendie de forêt fait rage à proximité du village. Des résidences risquent d'y passer. Mais le vent tourne quand le feu est rendu à 100 pieds des demeures les plus à risque. Les flammes, en alla...nt plutôt vers les chalets, en carbonise deux, en plus de 15 traîneaux de charroyage de bois.
    C'est par fierté que je signale que je suis né cette année-là, le 28 novembre. Je suis à peu près du même âge qu'André (Bidou) Phillips qui est venu au monde seulement quelques jours après moi. Mme Phillips et ma mère étaient dans la même chambre, à l'hôpital de la mine, à Belleterre. Daniel Thibault, le fils de Noël, est également de mon âge. Et il y en a bien d'autres, comme Louis Rivard, Henri-Paul Raymond, Robert Marleau, Luc Brassard, André Manseau, Mario Pépin, etc.
    On peut lire dans le journal Le Devoir, le 29 août 1958, ''les réserves de minerai de la mine Belleterre sont presque épuisées. Toutes les sources possibles de minerai nouveau ont été explorées. M. M.-L. Urguhart en a avisé les actionnaires. La compagnie souhaite poursuivre ses opérations jusqu'au printemps 1959 sans encourir de pertes. Aucun dividende ne sera versé.''
    Le 4 septembre 1958, J.-P. Bonneville a vu juste en écrivant, dans Le Progrès, ''depuis 1954, McIntyre parle de l'épuisement de ses réserves et de la cessation prochaine de ses opérations à Belleterre. Mais, toujours, l'échéance cruelle est reculée''. Il ne semblait toutefois pas savoir que cette entreprise allait redonner un second souffle à Belleterre, avec une autre mine.
    La Mine Belleterre Québec, la seule en production au Témiscamingue, fermera ses portes à la fin de février 1959. Deux autres ont fermé en Abitibi depuis trois mois. Cette fermeture avait été annoncée à l'été 1958. On souhaitait que la veine 14 allait repousser la fermeture.... 50 mineurs travaillent encore. jusqu'à ce que scelle le dernier puits.
    Quand une mine ouvre, ça signifie qu'elle va fermer un jour. C'est comme naître et mourir. Tout a une fin. Et comme le minerai n'est pas une ressource renouvelable comme le bois à long terme, il aurait été important de mettre en place un fonds de développement pour diversifier l'économie de Belleterre. Par chance, l'industrie forestière va prendre la relève.
    On est cependant bien loin, encore, d'un fonds de développement économique, quand une entreprise (on parle de Canada Venners) s'installe à Belleterre en profitant de la situation, sauf erreur. Le 4 février 1960, Québec exempte entièrement cette entreprise de taxes pour trois ans et elle paiera ensuite des taxes non augmentables pendant 13 ans, i.e. jusqu'en 1973!...
    On sait que les taxes foncières sont utilisées pour maintenir et développer une communauté. Restera au moins les salaires et les achats, si ceux-ci sont faits en grande partie du Témiscamingue et non en Ontario. Et souhaite aussi que les salaires seront intéressants. 100 à... 125 personnes travailleront à la scierie et à l'usine de déroulage.
    La McIntyre fait état, en janvier 1963, d'une découverte de cuivre et de nickel dont on a déjà entendu parler alors même qu'elle opérait encore la mine d'or Belleterre, en décembre 1956. Le 25 mars, la compagnie a commencé la construction d'un chemin menant au site, dans le canton Blondeau, dont Belleterre est constituée en partie et dans le canton Gaboury.
    Au coeur de l'été 1964, les travaux progressent normalement à la future mine Lorraine. 75 personnes sont au travail. On construit les bâtiments, le chevalement du puits. On érige le moulin (concentrateur). La production, donc le fonçage du puits, est prévu pour octobre. L'intérêt suscité par cette activité amène d'autres compagnies à claimer à Belleterre. Tant mieux.
    La compagnie Canada Veneers entraîne des retombées économiques à Belleterre, où elle a ses deux usines, près de la ressource, et autour. Elle a une politique d'achat de fournitures en région, dans la mesure du possible. Elle et ses entrepreneurs ont versé des salaires bien mérités de 300 000 $ en 1964. Un investissement de 1 million $. Elle emploie 200 individus.
    En déclenchant une explosion souterraine, à 14 h le vendredi 5 mars 1965, à la mine Lorraine, le député fédéral de Témiscamingue-Pontiac, Paul Martineau, marquait le début de l'opération de cette nouvelle exploitation de cuivre-nickel. La mine Belleterre était aussi opéré par la McIntyre et avait fermé il y a six ans. Il y aura 100 travailleurs à la Lorraine.
    O'Brien Rivard, 35 ans, de Belleterre, était de l'inauguration. Il a claimé les terrains et d'autres sites intéressants. Le moulin de la Lorraine concentrera 400 tonnes de minerai cuprifère et nickelifère par jour. Le tout sera envoyé par chemin de fer à l'affinerie de Sudbury, depuis Laverlochère. McIntyre devient ainsi le 2e producteur de nickel au Québec.
    Août 1968 marquerait la fin de l'exploitation de la mine Lorraine et donc la fermeture, comme pour la mine Belleterre, de la seule exploitation minière du Témiscamingue. Pas moins de 600 000 tonnes de minerai de nickel-cuivre ont été extirpées du sous-sol. Des Belleterriens devront déménager, tôt ou tard, à moins que Belleterre ne se relève, encore.
    Les gens de Belleterre ont été longtemps habitués au téléphone à manivelle relié à une opératrice qui était installée à l'étage de la maison du prospecteur O'Brien Rivard. Ce sera bientôt chose du passé. Au début de 1969, le service téléphonique automatique est prêt. On le rode. Le petit bâtiment est ironiquement construit en face de chez la standardiste.
    L'opératrice était une dame ou Mme Gaudet. On se demandait si elle était au poste 24 heures par jour. Dormait-elle? Ha ha!
    Heureusement, il reste Canada Veneers. Mais Belleterre demeure une ville mono-industrielle, c'est-à-dire dont l'économie n'est basée que sur une seule industrie, quand la deuxième (la mine) disparaît. On fait abstraction de la chasse, de la pêche et du tourisme. Il y en a partout au Témiscamingue. Belleterre doit identifier des cibles de développement. Défi de taille. Il faut trouver créneaux et capitaux. Une bonne route vers l'est constitue-t-il un projet structurant? Comme plusieurs le savent, le tracé existe pour les motoneigistes et, l'été, pour les petits véhicules tout terrain seulement. Une route carrossable ferait économiser beaucoup de kilométrages et des heures de route pour aller vers le nord de l'Outaouais, en direction des Laurentides, de Montréal.
    Ce serait bien à plusieurs niveaux. Il y a des petites merveilles, des choses magnifiques à voir et découvrir en ces lieux, pour le plein air, la chasse, la pêche. Et, à cette latitude, on débouche également dans la réserve faunique La Vérendrye, dans sa partie sud, rappelons-le.
    Une telle route ne desservirait pas seulement les Témiscamiens. La population du Nord-Est ontarien, en grande partie francophone, soit dit en passant, pourrait aussi en profiter pour rejoindre le Sud québécois. Plutôt que d'être contraint de faire un détour par Rouyn-Noranda, en Abitibi, ou par l'Ontario, via Témiscaming, Matawa ou North Bay, Pembrooke et Ottawa.
    L'État pourrait agir en faveur de Belleterre, avec les deniers publics. Mais le Témiscamingue ne semble pas avoir la masse critique, sur le plan démographique (des électeurs), pour faire le poids dans ses revendications. Il y a eu au plus 25 000 habitants au Témis. Là, il y en a 17 000, plus ou moins. C'était mieux à la fin des années 1960. Mais pas guère mieux.
    Il y aurait donc la route Belleterre-Le Domaine qui pourrait aider. Et ça, ça relève des fonds publics. Mais... Trève de bla bla là-dessus.
    Il est tout de même très curieux qu'une région plus avantagée que l'Abitibi sur le plan des températures, du climat continental, et qui a été la première à être peuplée, dans cette partie-ci du Québec, voit son développement handicapé. Doit-on miser sur le secteur secondaire, manufacturier, en allant plus loin la transformation de la matière première?
    Ceci dit, Belleterre, cette communauté du Témiscamingue, Québec, incorporée donc en municipalité de ville en 1942, est aujourd'hui composée de la totalité de deux cantons, les Guillet et Blondeau, ce qui n'était pas le cas à sa création. L'incorporation de l'entièreté des deux cantons remonte très exactement à 1994. Sait-on que Blondeau est un des noms les plus prestigieux du pays témiscamien? Ainsi désignée dès 1926, cette entité rappelle en effet un voyageur considéré comme le premier explorateur du Témiscamingue, vers 1660, à l'époque d'Étienne Brûlé, le protégé du fondateur de Québec, Champlain. Le canton Blondeau a été proclamé en 1936. On n'y retrouve pas de maisons, mais quelques camps de chasse et de pêche et des cabanes à sucre. Ce canton est partiellement marécageux. Ses coordonnées sont 47 degrés 23 minutes de latitude et 78 degrés 42 minutes de longitude.
    Pour ce qui est du canton Guillet, il doit son nom à Paul Guillet, né en 1690 et mort en 1753, fils de Mathurin Guillet et de Marie-Charlotte Dumoyne. Paul G. a été employé comme premier fermier du poste de traite de Témiscamingue, le deuxième établi à la baie des Pères, à Ville-Marie (chef-lieu du Témiscamingue), de 1720 à 1724. Il a été propriétaire de seigneuries dans la région de Montréal. Le choix de cette appellation remonte à 1926. Sa proclamation date de 1936. De forme régulière, ce canton est arrosé par le lac Devlin et la baie Storey ainsi que par le lac aux Sables qui baigne la ville de Belleterre. Le premier nom utilisé pour désigner cette localité était d'ailleurs Sand Lake. Le terrain du canton Guillet est couvert de nombreux plans d'eau uniformément distribués et son altitude par rapport au niveau de l'océan Atlantique varie entre 320 mètres et 430 mètres. Ses coordonnées sont presque les mêmes que celles du canton Blondeau: 47o 22' 78o 38'.
    Donc, Belleterre est une ville planifiée, c'est-à-dire créée avec un plan d'urbanisme et tout ce qui fait une ville digne de ce nom (l'incorporation en municipalité de ville a été réalisée en 1942). Avant cette ville qu'on a déjà officieusement appelée Sand Lake, il y a eu, dans ce secteur, des poches d'établissement dites anarchiques: Mud Lake et Gains More. Des squatters, finalement. On arrivait. On s'installait. Point à la ligne. En 2014, l'occupation humaine à Belleterre s'étend, en plus du quadrilatère urbain, sur toute une face du lac aux Sables, maisons et chalets qu'on peut rejoindre par le chemin du même nom. C'est en plus donc, des quatre avenues et des quatre rues du plan de base de la ville. Des cadastres restent encore à être occupés.
     En finale, j'espère tant qu'au 75e anniversaire de Belleterre, en 2017, hé bien que des investisseurs, comme l'ont fait les actionnaires des mines Belleterre et Lorraine, investissent dans Belleterre, un filon en soi, dans la matière grise des Belleterriens, des Témiscamiens, et que chacun ait suffisamment pour être heureux, tout en demeurant chez lui, dans sa zone d'appartenance!
    Ceci complète mon texte que je continue toujours d'enrichir, texte retraçant les faits saillants historiques de Belleterre. J'ai volontairement plané au-dessus des informations, allant à l'essentiel. Je vous rappelle que vos commentaires sont les bienvenus et surtout des renseignements, pour préciser le tout, bien sûr. Merci.
    Ghislain Loiselle